Le ferry pour Valdez

J’avais réservé notre traversée par internet en indiquant que la voiture faisait 14 pieds de long (+/- 4m). Au check-in, la fille pense qu’on s’est trompés et que 14 pieds c’est trop petit. Elle insiste pour mesurer le véhicule. Résultat, ça fait 13 pieds et on me rembourse 1 dollar trop payé.

L’heure de départ du ferry est programmée à 13h30 et nous devons arriver à 12h30 au port. Nous nous baladons sur LA rue de la ville, une fois, deux fois, un petit coup d’oeil du côté de la marina et on finit par aller manger des tacos de saumon dans un café en face de la magnifique baie.

A l’heure dite, nous sommes sur le quai d’embarquement, en plein soleil, 28 degrés.

Ce n’est qu’à 15h que nous pouvons monter à bord (les derniers!). Je veux rien dire, mais les employés du ferry de Mazatlan au Mexique étaient quand même plus efficaces !

Heureusement la traversée est superbe, entre fjords profonds, îlots boisés, montagnes et glaciers.

Nous arrivons à Valdez vers 21h, direction un bivouac à 2km de la ville, au bord du fleuve.

A peine installés une voiture de police arrive. Mince, il va nous dire de déguerpir, surtout qu’à l’entrée du chemin il y a un panneau « no camping ». Je suis prête à lui raconter que comme le ferry avait 2h de retard, on n’avait pas trop le choix mais il s’intéresse tout de suite à la voiture, fait des photos et pose mille questions. Pour la peine, on lui montre le moteur et finalement je me fais confirmer qu’on peut rester ici sans problème. Il nous souhaite bon voyage et on peut aller se coucher, bercés par le clapotis du fleuve.

Whittier

Nous avons dû refaire une partie de la route aller pour entrer dans la vallée des glaciers qui mène à Whittier.

Nous suivons une rivière tumultueuse dans laquelle des centaines de saumons vont probablement finir leurs jours. C’est étonnant de voir le nombre d’espèces différentes qui se bousculent ici (rouge, argent, rose…). 

Nous sommes entourés de glaciers en sursis. La balade qui mène au Byron est chaque année de plus en plus longue et le glacier Portage n’est plus visible qu’en bateau.

Pendant la seconde guerre mondiale C’est l’armée américaine qui a fait de Whittier une base avancée pour acheminer du pétrole, des troupes et du matériel militaire.

Mais jusqu’en 2000, seul le train permettait d’y accéder. La difficulté résidait dans le fait qu’un tunnel avait été creusé seulement pour y poser des voies de chemin de fer. Depuis 2000, ce tunnel a été aménagé pour que les voitures puissent également l’emprunter, entre 2 passages du train.

Au bout du tunnel, le ferry pour Valdez.

La Péninsule de Kenai

Nous continuons vers le sud de l’Alaska, sur la Péninsule de Kenai, le paradis des pêcheurs qui squattent chaque lac, chaque coin de rivière.

Nous arrivons tôt dans l’après-midi à un bivouac sympa et Quentin en profite pour bricoler un circuit électrique improvisé qui permet de démarrer la voiture en touchant 2 fils au niveau du volant. On peut oublier la manivelle pour l’instant.

Ensuite nous longeons la côte qui fait face aux volcans de l’autre côté du bras de mer.

Enfin, nous arrivons à Homer, le bout de la péninsule.

Plus loin, ce sont les îles aléoutiennes. Mais là, il nous faudrait un bateau….

Anchorage

À Anchorage et dans les environs, il y a un noyau d’amateurs de vieilles voitures et la 2cv fait partie de leurs collections.

Richard et sa VW Variant, nous a organisé une petite soirée très sympa chez Axel et Nikki qui ont une 2cv baptisée Tintin. Il y a aussi Tom qui nous fera faire un tour dans sa Ford T de 1926 !

Le repas de saumon et de halibut (flétan) était arrosé au Sancerre et au Bordeau car Richard et Linda aiment voyager en France et ramener quelques bouteilles dont nous avons bien profité.

La ville rend hommage à James Cook, fameux navigateur du 18ème siècle qui a parcouru toutes les mers du monde mais n’a jamais pu trouver le passage entre le Pacifique et l’Atlantique.

Les saumons remontent en nombre les cours d’eau et les habitants vont directement chercher leur repas du soir, en self-service. 

De Delta Junction à Anchorage

Nous quittons cette petite ville sous la pluie, plein sud sur la Richardson Highway. Dommage que le ciel soit couvert car les montagnes sont magnifiques.

Nous longeons la Delta River mais aussi le fameux pipeline qui traverse l’Alaska de Prudhoe Bay à Valdez où nous serons dans quelques jours.

Achevé en 1977, il mesure 1290km. Parfois aérien ou souterrain, selon le type de sol rencontré. Il est construit en zigzag pour résister aux forts changements de température mais aussi à un tremblement de terre de forte magnitude comme celui de 1964 (8,5 sur l’échelle de Richter).

Le glacier Gulkana

Ensuite, c’est direction plein ouest sur la Denali Highway, une piste de 250km qui fourmille de coins sauvages pour bivouaquer mais en ce samedi du mois d’août ils sont tous envahis par des camping-cars, motorhomes, des pick-ups avec le quad dans la benne ou tirant un plateau avec un… hélicoptère (on en a vu qu’un seul quand même !). Cerise sur le gâteau, la chasse au caribou est ouverte et ils ont tous le fusil en bandoulière. Pour la randonnée, c’est fichu.

On profite néanmoins du paysage car le soleil est revenu.

Sur le lac, un « beaver lodge, la maison des castors.

Arrivés sur la grand route qui rejoint Fairbanks à Anchorage, nous sommes dans le parc du Denali. 

Le Denali est le plus haut sommet d’Amérique du Nord. A une époque, il s’appelait Mc Kinley mais les Alaskans ont préféré lui redonner son nom d’origine. Il culmine à 6194m et a été vaincu en 1913 par l’américain Walter Harper.

La température cet après-midi a atteint les 30 degrés celsius. Vous ne trouvez pas ça chaud ? Oui, mais nous sommes an Alaska quand même !

Côté mécanique, le démarreur ne fonctionne plus qu’à froid. C’est bon le matin au départ mais une fois que le moteur est chaud, plus moyen de démarrer à la clé. Quand on doit s’arrêter, on privilégie les endroits en pente mais ça n’est pas toujours possible. Alors on sort la manivelle et les biscoteaux. Il existe aussi une alternative moins physique en faisant contact entre la borne positive du démarreur et la commande du bendix. Quentin a déjà tout démonté mais pour l’instant pas moyen de trouver l’origine de la panne. 

Nous arrivons à Anchorage pour retrouver quelques propriétaires de 2cv. 

Top-of-the-world Highway to Alaska

La route qui part de Dawson est en réalité une piste (encore!) qui serpente au sommet des montagnes.

Le petit poste frontière qui nous ramène aux Etats-Unis, dans l’état de l’Alaska, est la frontière internationale la plus septentrionale de toute l’Amérique du Nord.

Les quelques villages que nous traversons sont en fait des vestiges d’anciennes stations de prospecteurs.

Chicken

Les habitants voulaient au départ baptiser leur ville du nom du volatile Ptarmigan (Lagopède) qui abondait dans le secteur, importante source de nourriture, mais n’arrivant pas à se mettre d’accord sur son orthographe, ils ont plutôt choisi Chicken.

Nous arrivons à Delta Junction, la fin de l’Alaska Highway, avant d’obliquer plein sud.

Dawson City

En 1896, 30.000 chercheurs d’or plein d’espoir se sont rués dans le Klondike. 

Depuis des générations, il n’y avait que des pâturages et camps de pêcheurs dans la région.  Les peuples natifs n’ont pu que subir cette invasion et en 2 ans leur habitat était transformé en une métropole « moderne ». Dès que le fleuve Yukon a commencé à dégeler en mai 1897, les bateaux à vapeur sont arrivés par centaines débarquant leurs passagers et le matériel à toute heure du jour et de la nuit. Dawson City devient alors la plus grande ville au Nord de Seattle.

Ceux qui venaient par voie terrestre devaient emprunter la Chilkoot Pass (53km) avec tout leur bardas et leurs vivres, dans la neige, le blizzard et des températures inhumaines. Une loi les obligeait à emporter 1 tonne de matériel dont 300kg de nourriture (farine, sucre, haricots…) et il leur fallait au minimum 3 mois d’allers/retours avant de pouvoir commencer à prospecter.

L’extraction manuelle de l’or n’a duré que jusqu’en 1899 quand les filons les plus accessibles ont fini par être épuisés. La mécanisation a pris la suite, draguant les rivières et les fleuves à grande échelle.

Avec Michel, notre coloc motard-québécois du Gold Rush camping, nous sommes allés voir le show des girls du casino « Diamond Tooth Gerties ».

Foutu permafrost !…

L’Océan Arctique

Nous serions venus deux ans plus tôt, nous aurions dû nous arrêter à Inuvik. L’accès à Tuktoyaktuk ne se faisait que grâce à la « ice road ».

Mais depuis fin 2017, une nouvelle piste est ouverte pour ceux qui voudraient aller encore un peu plus au Nord. Pour nous donc. Nous partons tôt ce matin, sous un ciel couvert mais sec. Il faut se farcir les 150 km sans interruption. Sur ce tronçon, plus « d’aire de repos » ni de bivouac possible. Il y a la piste et la toundra  parsemée de lacs, c’est tout. Le revêtement ressemble à celui de la Dempster, en pire. Du gravier, de la tôle ondulée qui devient carrément des vagues car le sol meuble du permafrost fait onduler la piste. La 2cv passe ces obstacles avec souplesse mais on a quelques passages bien dynamiques. Les camions sont rares mais quand on en croise un, il nous asperge d’un cocktail de boue et de graviers.

Quelques km avant Tuktoyaktuk (Tuk pour les intimes), on aperçoit des Pingos. 

Il faut encore traverser le village pour enfin arriver au bout du bout, le point le plus septentrional de notre voyage, au bord de l’Océan Arctique. 11 mois après Ushuaia.

Les infrastructures touristiques commencent doucement à se développer, encore à petite échelle car il faut bien dire que seuls les plus « allumés » entreprennent l’expédition. Certains habitants ont flairé le filon et entendent bien détrousser le touriste en vendant des produits artisanaux hors de prix. Pourtant ils s’efforcent de transmettre leurs traditions à la jeune génération et vivent surtout de la pêche (rivière ou océan), chasse et commerce de fourrures (castor, rat musqué) et de la cueillette (plusieurs variétés de myrtilles)

A midi, nous mangeons chez Granma’s Kitchen, à l’abri dans sa véranda, un excellent poisson (pas frit !), au bord de l’Océan Arctique.

Pour le retour, pas d’autre choix que de refaire les 900km dans l’autre sens. 

Beaucoup de boue le premier jour et du brouillard le lendemain.

Prochaine étape Dawson City, avant d’aller faire un tour en Alaska.

Dempster Highway

Un peu avant Dawson City, nous obliquons vers la Dempster Highway, une piste de 734km jusqu’à Inuvik.

Ici le bidon de secours servira car entre la station du km 0 et Eagle Plains, il y a 370 km.

Nous sommes dans la toundra arctique, sur du permafrost. La piste ne voit pas passer beaucoup de monde mais doit résister au gel et dégel du sol. Elle est faite d’un mélange de terre, de cailloux et de chlorure de calcium, un liant qui évite qu’il y ait trop de poussière. Et en effet, ça roule pas mal, il y a quelques belles côtes quand même et comme il pleut par intermittences très régulières, parfois beaucoup de boue, ce qui repeint la voiture.

Quasiment à mi-distance, nous franchissons le Cercle Polaire Arctique, nous nous rapprochons du Pôle Nord 😉…

Ici, depuis le 21 juin, c’est 6 semaines sans que le soleil ne disparaisse à l’horizon. Il faut bien occulter les fenêtres pour garder notre rythme de sommeil.

Au matin du 3ème jour, nous quittons le Yukon pour entrer dans les NorthWest Territories.

Certaines portions de la piste servent de piste d’atterrissage d’urgence. Interdiction de s’arrêter…

On a failli écraser un Ptarmigan (poulette arctique) qui traversait sans regarder. Elle n’y a laissé que quelques plumes et une belle frayeur pour nous car les embardées sur cette piste glissante sont fortement déconseillées.

Oh, un Grizzli ! 

Oh, un Renard ! On le surprend en plein repas.

Nous devons prendre un bac pour traverser la Peel River et un autre sur la Mackensie River.

Après 3 jours de piste nous arrivons à Inuvik, au bout de la Demspter Highway. 

Cette ville est construite sur le permafrost c’est pourquoi il a fallu installer tout un réseau hors-sol de tuyaux faisant passer l’eau, le chauffage, les évacuations des habitations.

The « Igloo Church »

Au camping, il y a ceux qui y sont allés et ceux qui trépignent. Les avis sur l’état de la piste sont partagés, un motard n’aura pas eu la même impression qu’un américain dans son gros 4×4 ou même qu’un cycliste (le pauvre !). Demain, c’est sûr, nous serons au bord de l’Océan Arctique!

Une douche, un poulet rôti et un soleil généreux qui ne descendra pas plus bas que l’horizon (et c’est comme ça 56 jours par an).

Whitehorse

Nous voilà donc sur l’Alaska Highway. Une route qui a été construite en 9 mois, juste après l’attaque de l’arme japonaise sur Pearl Harbour. Les américains étaient persuadés que la menace viendrait par l’ouest et il fallait à tout prix pouvoir amener des forces militaires en Alaska.

Des km de sapins, des lacs, des rivières et pas la moindre maison entre 2 postes de ravitaillement. C’est sauvage…

Plus on s’approche du Pôle, plus les journées sont longues. On a essayé de rester éveillés jusqu’à ce qu’il fasse noir mais à chaque fois on s’endort sans savoir à quelle heure tombe la nuit. Le matin, idem, il fait déjà clair quand on ouvre un oeil vers 4h.

Whitehorse est la dernière ville où on peut vraiment s’approvisionner, communiquer, se doucher.

Direction plein nord sur la Klondike Highway, jalonnée de petits trading posts.