Cap à l’Ouest

On profite d’un bivouac sur bitume pour inverser les pneus arrière sur leur jante. Sur ce continent-ci aussi, les pneus de la deuche s’usent beaucoup plus sur le flanc extérieur. Un petit compresseur branché sur la batterie et un peu de dégraissant pour freins auquel on met le feu rend l’opération des plus simples.

La nuit sera douce

Hammerfest

Certes, c’est dimanche mais nous nous étions habitués aux magasins ouverts de 7à23h 7/7. La petite ville portuaire est endormie, pas un chat dans les rues. Il n’y a que les mouettes qui se querellent qui mettent un peu d’animation. L’église est moderne et apparemment le son des cloches à 10h30 fait sortir le peuple. Hammerfest revendique le titre de la ville la plus septentrionale au monde, au mépris de Honningsvår. En fait c’est juste une question de taille ;-))

Un peu à l’écart de la ville se trouve la colonne de l’Arc Géodésique de Struve, classé au Patrimoine mondial de l’Unesco. Je vous livre les explications telles quelles, à lire à tête reposée…

La route vers Alta est fabuleuse. Les plaines sont couvertes d’un épais manteau blanc. Les Norvégiens squattent les bords de route, sortent le moto-neige ou les skis et foncent profiter des dernières neiges.

Alta et sa cathédrale en forme d’aurore boréale, haute de 47m

Plus au sud se trouve l’ensemble de gravures rupestres le plus imposant et le plus nordique jamais découvert. A ce titre, il est classé au Patrimoine Mondial de l’Unesco. La visite commence par un petit musée qui expose entre autre les outils du quotidien des Samis. A l’extérieur, un cheminement de 3km sur passerelles passe devant la plupart des 3000 gravures datant de 2000 à 7000 ans avant JC. , le long de l’Altafjord.

Certaines de ces gravures ont été mises en évidence par une peinture ocre, comme elles l’étaient sans doute à l’origine. On distingue des ours, des bateaux à proue d’élan, des scènes de chasse aux rennes, des oiseaux qui pourraient être des Grands Pingouins et des cormorans.

Sur les autres rochers, c’est un peu « où est Charlie ».

Après une bonne nuit de sommeil dans un petit bois en dehors de la ville, nous passons de fjord en fjord, tous plus beaux les uns que les autres. L’air s’est un peu radouci et parfois il n’y a plus de vent.

A l’heure du pique-nique, nous tombons sur un club danois de Porsche cabriolet. Ils délaissent leurs bolides pour venir voir le nôtre et prennent quantité de photos. On rigole bien mais je crois que dans le fond ils étaient un peu jaloux.

Ce soir, vue sur les montagnes avant de prendre demain les ferrys pour Tromsø.

Le Cap Nord. 71°10’21’’

Au dernier épisode ….

En 1553, à la recherche du passage du NE vers l’Amérique, le navigateur anglais Richard Chancellor double ce cap et le baptise North Cape.

C’est une falaise de 300m qui tombe dans la mer de Barents. Jusqu’en 1956 on ne pouvait y accéder que par voie maritime et puis grimper jusqu’en haut. Depuis, une route a été ouverte et en 1977 le Globe en fer forgé devient l’emblème du lieu.

Ici le soleil ne se couche plus de mi-mai à fin juillet et nous sommes là pour le vérifier.

Actuellement il ne descend pas encore bien bas mais je peux le capter quand il met le feu au Globe.

On peut l’observer bien au chaud derrière les grandes baies vitrées du centre d’accueil.

Et oui, à minuit le soleil est toujours aussi vif et on en prend plein les yeux, littéralement. Nous serions venus 2 jours plus tôt , c’était tempête de neige et verglas. Les trolls sont avec nous.

La lumière est si intense que nous n’avons pas du tout sommeil mais le centre ferme à 1h du matin. On en profite pour immortaliser Ptiket, on se remet en place, on tire nos maigres rideaux et enfin on peut s’endormir.

Au petit-déjeuner, nous avons eu la chance d’observer une demi-douzaine de baleines qui chassaient au pied de la falaise.

Voilà, ça c’est fait, nous reprenons la même route superbe pour obliquer ensuite vers Hammerfest.

L’île de Magerøya

La neige est de plus en plus présente mais la route est très bien dégagée.

Pour accéder à cette toute dernière île, nous devons emprunter un tunnel long de 6870m, qui plonge littéralement sous la mer à une profondeur de 212m. La pente est à 9% et le tunnel est brut de roche. On sort sains et saufs.

Honningsväg, ville la plus septentrionale d’Europe.

Skarvåg. Une randonnée nous mène à Kirkeporten, sublime arche dans un décor de bout du monde.

Plus que 20km et les congères sont de plus en plus hautes. La route grimpe mais nous ne dépassons pas les 250m. Les sports d’hiver au niveau de la mer.

Au bout de la route, le Cap Nord…. à suivre ….

Velkommen til Norge

Nous faisons une première halte à Karasjok où se trouve le Parlement Sami, inspiré de l’habitat traditionnel. Ses membres veillent à ce que les lois passées par les autorités nationales soient équitables vis à vis de cette population.

Le paysage est noir et blanc. Heureusement qu’il reste de la neige sinon ce serait vraiment sinistre.

Les montagnes sont plus élevées, jusqu’à 1400m.

A partir de Lakselv, nous longeons le Porsangerfjord qui s’étend sur 123km, le 4ème plus long fjord de Norvège.

C’est marée basse

Nous quittons la route principale pour aller voir le Trollholmsund. Ce sont des formations calcaires qui, érodées par le vent et l’eau, ont pris la forme de trolls. L’endroit est magique.

Des petites fleurs violettes squattent les quelques cm de mousse pour égayer cet univers minéral. La légende veut que les trolls ont été transformés en pierre car ils n’étaient pas rentrés chez eux avant le lever de soleil.

Le mini troll se cache encore …

Ils sont charmants, non ?

Ca ne se voit pas sur la photo mais à partir de maintenant nous sommes plus au Nord que nous l’avons jamais été. Nous avons dépassé notre record de Tuktuyaktuk au Canada et on avance encore !

Ce soir c’est douche et lessive dans un petit camping au bord du fjord.

Finmark

Le Finmark est cette région semi-désertique tant au niveau végétation que population et qui s’étend sur le nord de la Suède, Finlande, Norvège et Russie.

Le plus haut sommet est à moins de 400m

A Porjus, ville créée uniquement pour les ouvriers d’une gigantesque centrale hydroélectrique, nous suivons un petit chemin dans les pins qui nous mène à un très beau canyon encore enneigé de la rivière Luleälven.

La nature est parfois cocasse…

Cousin Machin et sa famille
Réunion mondiale des Cousins Machin
Mont Dundret – 821m

Karesuando. Juste un pont à passer et nous voilà en Finlande. Nous sommes dans la “queue de la casserolle”, un tout petit bout de Finlande coincé entre la Suède et la Norvège. Terre sablonneuse, sur quelques km on se croirait dans les landes, mais ça ne dure pas.

Nous avons dû pas mal chercher pour notre bivouac car tous les accès sont encore couverts de neige et naïvement nous n’avons pas prévu la pelle à neige cette fois-ci.

C’est mon adresse mais ça rentre pas dans les cases

En regardant mon téléphone je me rends compte qu’on a changé d’heure. Mais où donc ? Il est une heure plus tard. Ca va pas arranger notre horloge !

Vous reprendrez bien encore un petit peu de renne ?

Sur la route du Cercle Polaire

Nous sommes en Laponie, pays du peuple Sami. Et qui dit Laponie, dit rennes et élans

Le paysage commence à changer, les arbres sont plus petits et les forêts font place à de grandes étendues de toundra.

Les lacs sont à peine en cours de dégel et il reste des plaques de neige

A Vilhelmina, la charmante dame de l’office du tourisme nous indique quelques maisons typiquement Sami. Elle a adoré notre voiture.

Sur les aires de repos, les toilettes sont chauffées et on se lave les mains à l’eau chaude. Grand luxe. Comme les bivouacs sont de plus en plus froids, on en profite pour faire un débarbouillage un peu plus confortable. Un soir, nous avions emprunté une piste forestière mais à mi-chemin de l’endroit où on pensait s’arrêter pour la nuit, la neige était trop abondante pour continuer. On a donc dormi là sans voir personne. Le matin, c’est réveil à 6h ou même avant. Zéro degrés. Difficile d’occulter parfaitement la voiture. Le soir, il fait jour quand on va se coucher, aucune idée de l’heure à laquelle la nuit se décide à tomber. On garde la nuit blanche pour notre arrivée au Cap Nord.

Le paysage se vallonne. Des panneaux annoncent des pentes à 6%. Arrivés en haut, nous sommes à 530m d’altitude…

A Arvidsjaur, nous rencontrons Ami et Tyrone. Elle est Sami, lui Suédois. Ils nous invitent à visiter un petit village Sami très bien préservé. Ami nous ouvre la porte de sa petite habitation en forme pyramidale. Traditionnellement, le feu se fait au centre et la cuisine au fond. Ils s’installent de part et d’autre du feu, sur des peaux de rennes bien sûr. Un peu plus loin, se trouve sa maison pour stocker la nourriture et faire sécher les peaux de bêtes. La serrure de la petite porte a 200 ans, tout comme la clé pour l’ouvrir. Ils sont intarissables et nous profitons de l’occasion pour leur poser toutes les questions qui nous trottent dans la tête depuis un moment.

Le petit escalier est calculé pour que les souris ne puissent pas entrer

Petit détour par une piste (ça change du bitume) pour aller voir les rapides de Storforsen. Sur 5km la rivière Pite chute de 82m et sur les 600m où nous sommes la chute est de 50m. C’est bouillonnant, sauvage et impressionnant. L’environnement est très joli avec ces gros rochers de granite vieux de 2000 ans. Au bout de cette chute, un énorme “iceberg”

Voilà nous sommes arrivés au Cercle Polaire qui marque la frontière pour le soleil de minuit lors du solstice d’été.

Nous y dormons ce soir dans nos duvets bien chauds, avec l’option grosses chaussettes

Sur la route du Nord

Nous avons survécu au périphérique de Stockholm et notre prochaine étape se trouve à Sigtuna.

Nous y découvrons nos premières pierres runiques, des pierres gravées de symboles, datant du 11ème siècle, souvent un hommage à un proche disparu.

Sur une petite presqu’île se trouve le château de Skokloster, commandé au 17ème siècle par un amiral allemand qui voulait en faire son Versailles. On y trouvait les plus belles oeuvres d’art et pièces d’ameublement d’Europe mais pris par ses obligations en Allemagne, il mourut bien avant qu’il soit totalement achevé.

Sala et sa mine d’argent active du 15ème au 20ème siècle. Son puit le plus profond faisait 300m, 20km de galeries.

La route c’est ça….

Ou ça

Falun et son immense mine de cuivre, d’or et d’argent. Voilà d’où vient le pigment rouge des maisons suédoises. Au départ, la peinture rouge était le symbole d’un certain statut. Les rois et les nobles peignaient leurs palais pour qu’ils ressemblent aux palais en briques du continent.

La mine est inscrite au patrimoine de l’Unesco car elle a été exploitée pendant près de 1000 ans.

Faciles les bivouacs, au choix en forêt ou au bord d’un lac.

Entrée de maison…

Entrée d’église

Depuis 2 jours, Ptiket lutte contre un vent violent et des rafales qui la font zigzaguer. La température, déjà pas très élevée a bien chuté et nous sortons la panoplie d’hiver. Heureusement le soleil toujours présent réchauffe un peu. La région est de plus en plus sauvage et les stations d’essence commence à se faire rares.

A Fagelsjö, on découvre un ancien bourg du 17ème siècle

Problèmes d’étanchéité, passez à l’écorce de bouleau !

4100km, c’est l’heure de faire une 1ère vidange, changement du filtre, graissage des pivots et des cardans, resserrage du collier de colonne de direction.

Stockholm, Suède

Ici aussi sont instaurées les zones vertes et des péages à l’entrée de la ville nous poussent à prendre un Airbnb dans la grande banlieue. Nous sommes à 10’ en métro de Gamla Stan, la vieille ville. La ville de Stockholm compte une vingtaine d’îles et 30.000 dans tout l’archipel.

Gamla Stan

On quitte cette petite île et on marche au hasard jusqu’à faire nos 17 km habituels. Cette ville est un vrai courant d’air, ça souffle comme si on était au bord de la mer, ce qui n’est pas tout à fait faux.

Tu fais quoi demain ? Moi je fais les rapides de la ville en kayak et toi ?
Je crois que je vais aller pêcher à la mouche devant le Palais Royal
Le Palais Royal, gothique italien …

Nous avons passé 2h au musée Vasa qui relate l’incroyable aventure du bateau Vasa qui coula dans le port de Stockholm en 1648. Le Roi avait commandé un bateau de guerre qui s’avéra très mal conçu et le jour de son départ, à peine parti, il commença à giter et coula aussitôt par 30m de fond. Quelques années plus tard, on tenta de le renflouer mais ils n’arrivèrent qu’à sauver quelques pièces militaires.

Ce n’est que plus de 300 ans plus tard, qu’une nouvelle équipe retrouva son emplacement et en 1961 le Vasa était remonté à la surface. Pendant 17 ans, il a été préservé grâce à de nouvelles techniques et reconstruit avec 98% de pièces d’origine. L’eau saumatre et la vase l’on tellement bien conservé que l’on peut aujourd’hui voir les vêtements retrouvés dans les coffres de l’équipage et les squelettes des victimes avec encore des cheveux ou leurs chaussures aux “pieds”. La visite était vraiment passionnante.

La maquette qui reproduit les vraies couleurs du navire suite à l’étude des pigments retrouvés dans le bois

Et pour finir cette journée en beauté, nous retrouvons Magnus, Suédois rencontré en février dernier à Grasse lors d’une sortie 2cv. Skoll !

Sur la route de Stockholm

Pendant 2 jours nous longeons une multitude de lacs, nous restons autant que possible sur des petites routes pour découvrir les jolies maisons en bois rouge. La pelouse est tondue au millimètre, souvent par un robot. Tout est (trop ?) parfait.

Certaines viennent d’être livrées en bois pour l’hiver prochain

Ça fait rêver

Arrêt à Eksjö qui a su préserver ses vieilles maisons alors que toute la Suède se rénovait après la seconde guerre mondiale.

Petit point parc automobile : essentiellement des grosses berlines, haut de gamme, pas mal de Tesla, quasi pas de SUV ou 4×4. Les rares anciennes que l’on croise sont des américaines des années 50/60. Nous on passe complètement sous les radars, on fait un peu tache dans le paysage. La circulation n’est pas dense, les conducteurs pas énervés.

Malmö

La ville n’est qu’à quelques km du camping. Le parking du château se paie comme partout via une appli, très pratique, on peut moduler la durée à volonté et on ne paie que ce qu’on a consommé.

Le château médiéval, Malmöhus

Nous continuons à pied vers la vieille ville.

Sur la place Gustav Adolfs trône ce drôle de petit griffon.

Petit point transports : les scandinaves roulent beaucoup en vélo, pour preuve les parkings complètement envahis de 2 roues, les uns sur les autres, les sièges bébés qui s’entremêlent. Les pistes cyclables sont omniprésentes et tout est fait pour dissuader les habitants de venir en ville en voiture, zones vertes, parking chers et souvent pleins.

Entre 2 villes, la route est toute droite, entourée de grandes forêts où l’on peut sans problème s’arrêter pour passer la nuit, au calme et avec de quoi faire un bon feu, tout en dînant d’un bon pain aux céréales.