Franchir le Darien Gap – Côté Amérique du Sud

Le Darien Gap se situe à la frontière entre la Colombie et le Panama, une jungle infranchissable aux mains des narco-trafiquants, des guerilleros et de divers animaux et plantes peu recommandables. Voila pourquoi nous sommes obligés de la contourner en expédiant la deuche par container au port de Colon, Panama, tandis que nous prendrons l’avion pour Panama City.

Il y a 2 mois, j’ai commencé à chercher un agent en douane qui pourrait nous aider dans les démarches un peu compliquées pour organiser ce transport. Parallèlement, je m’inscris sur un site qui met en relation les candidats au shipping. En effet, en prenant un container 40´, on peut s’y mettre à plusieurs et ainsi réduire les frais pour chacun. Ça ne marche pas tout de suite et donc je lance des demandes sur plusieurs forums de voyageurs. 

Plutôt que de prendre LE transitaire qui truste un peu le secteur, j’opte pour une petite agence tenue par Ana qui  est super-réactive à nos messages. En plus, elle cherche également de son côté des « container buddies ». 

Il faut qu’on lui indique la date à laquelle on souhaite partir. Pas facile à déterminer. On tranche pour une date autour du 25 février.

Fin janvier, je trouve un motard français, Arnaud qui est intéressé pour sa Transalp. Et le 7 février, c’est Ana qui trouvera Jeronimo, un argentin qui expédie son pick-up.

Tout le monde se met d’accord pour prendre le cargo du 2 mars. Cette fois nous ne pourrons pas accompagner Ptiket et nous achetons notre billet d’avion pour le 3 mars. 1h de vol jusqu’à Panama City.

Le 25 février, le port nous informe que dû à un embouteillage au port de Houston, le cargo n’arrivera à Carthagène que le 5 mars. Ce qui signifie que le container restera 4 jours de plus sur le quai, d’où un petit surcoût (28 dollars)… et que nous serons partis avant lui…

Le 26 février nous avons rendez-vous avec Ana pour signer tous les papiers. L’après-midi sera consacrée au nettoyage de la voiture et de la remorque.

Le 27 février, après nous avoir fourni casques, gilets jaunes et chaussures de sécurité, nous partons en convoi au port.

Alors que les véhicules entrent dans l’enceinte, moi je pars à pied avec Ana pour récupérer un badge en échange de mon passeport. 2 contrôles de sécurité plus tard, j’aperçois la deuche qui se fait peser.  Ana passe de bureau en bureau, déposer un papier, en faire tamponner un autre, dire bonjour aux amis. On doit prendre une navette pour aller dans un dépôt, 200m plus loin, interdiction de circuler à pied. On continue à suivre le cheminement tracé au sol et on arrive au container qui attend, grand ouvert.

Les 3 véhicules arrivent et se garent à côté.

Un policier, après avoir pris une dizaine de photos et selfies, nous dit de tout vider. On commence à tout sortir de la remorque et à poser par terre, puis tout ce qui est dans la coursive de l’auto mais on s’arrête là. Le policier rentre dans l’auto, ouvre les coffres, contrôle les zones creuses, regarde partout mais ça n’a rien de très systématique. C’est bon on peut tout remettre en place. Ah bon ? Et les narcotiques alors ? On ne se fait pas prier et on remballe.

C’est au tour des dockers d’organiser le remplissage. Ce sera d’abord le pick-up puis la deuche, puis la remorque et enfin la moto. En attendant, une des employées va s’asseoir dans l’auto pour se faire prendre en photo.

Quentin commence ses manoeuvres de séduction auprès d’un des dockers car il n’est pas question qu’ils sanglent la voiture n’importe comment . Quand arrive notre tour, ils acceptent de passer les sangles à l’extrémité des bras de suspension, très près des moyeux plutôt que sur les pontets de traction du châssis mais il faut vraiment négocier ferme pour qu’ils ne tendent pas au maximum les sangles. Au final personne n’est complètement satisfait mais on aura limité les risques. On bascule la remorque sur sa ridelle arrière, ce qui laisse tout juste la place pour la moto.

Avant de fermer, on débranche les batteries.

Le policier vient jeter un oeil, donne son feu vert et les portes sont fermées, 3 scellés plastique sont posés et un scellé autocollant avec un QR code. J’ai de la peine pour Ptiket qui va devoir rester dans cette étuve pendant 10 jours.

4h plus tard, nous voilà tous redevenus piétons et on se donne rendez-vous à Panama pour entreprendre les démarches de récupération des véhicules.

Amérique du Sud – Fin

A quelques jours de notre départ pour l’Amérique Centrale, voici à quoi ressemble la carte sur laquelle nous avons tracé notre voyage au fur et à mesure de notre avancée.

Quelques chiffres à ce stade :

  • 700h de conduite
  • 31.860 km
  • 45,5 km/h de moyenne
  • 7,1 l/100km en moyenne
  • 81.460m : altitude cumulée depuis Salta
  • 4856 m : altitude la plus élevée avec PtiKet
  • litres de bière glacée : non négligeable, saucisson : 1, camembert : 0
Et c’est pas fini !…

Comme rien ne se passe jamais comme prévu, on vient d’apprendre que le cargo a déjà 3 jours de retard. Il n’arrivera à Carthagène que le 5 mars. Aujourd’hui la voiture est dans le container et attend d’être embarquée sur le cargo. Nous prenons l’avion pour Panama City le 3 mars et si tout va bien, nous récupérons la deuche le 8 mars au port de Colon.

Cartagena de Indias

Notre container est réservé, nous y mettrons la deuche le 27 février et le cargo traverse le Darien Gap jusqu’à Panama le 2 ou le 3 mars. Ce jour-là, nous prendrons un avion pour Panama City où nous attendrons le feu vert pour récupérer notre véhicule. La date n’est pas encore déterminée, ce ne  sera en tout cas pas avant le 5 mars. 

Pour tout préparer et nous préserver quelques jours pour visiter Carthagène, nous décidons de parcourir les 700 derniers km en 2 jours. La route est certes jolie mais il y a beaucoup de camions qui parfois négocient mal les lacets de montagne, bloquant tout le monde dans les 2 sens. 

Tous les policiers agglutinés sur la deuche, plus personne n’est contrôlé pendant un bon moment. Merci qui ?

A Carthagène, nous descendons dans un petit hôtel dans la zone des plages de Bocagrande. La chaleur humide est terrible et une chambre climatisée n’est pas du luxe. 

Les grands immeubles, ça nous change des petits paradis verts mais bon, pas le choix pour le moment. On se rattrapera en Amérique Centrale.

Je ferai plus tard un article spécifique concernant le shipping de la deuche.

En attendant, on profite de la vieille ville, fortifiée. Le soir on revit un peu et le trajet à pieds (30´) est moins pénible.

Guatape

Nous faisons un dernier petit détour vers l’est pour rejoindre Guatape, son lac artificiel et la Piedra del Piñol.

Les maisons de Guatape sont réputées pour leurs décorations appelées Zocalos. Au départ, c’était de simples dessins faits au pochoirs et avec du charbon. Au fil du temps, ils se sont colorés, encadrés et aujourd’hui ce sont surtout des mini-sculptures en 3d. Les décorations représentent des formes géométriques, des scènes du quotidien, le métier du propriétaire de la maison, ses hobbies ou son animal préféré.

Le point fort du village est son lac artificiel qui a créé une multitude d’îlots verdoyants.

Entre Guatape et El Piñol se trouve la Piedra, un monolithe de granite de 200m de haut. Dans les années 50, un alpiniste a réussi à le gravir, devenant le héros du coin. Du coup, il a acheté le rocher et les terrains autours, assurant à ses descendants un avenir prospère …

Comuna 13

Nous revoilà à Medellin mais cette fois dans un hôtel près d’une station de métro, pratique pour visiter la ville.

Nous avons rendez-vous dans le quartier San Javier, avec une jeune bénévole de l’association Storytellers qui va nous faire visiter la Comuna 13 qui était considérée jusqu,en 2010 comme le 2eme endroit le plus dangereux au monde et le plus dangereux de Colombie.

Yulieth, 20 ans, a toujours, vécu dans ce quartier et se souvient qu’elle se cachait sous son lit pour échapper aux balles perdues. Dans les années 70, des habitants de Medellin ont commencé à urbaniser ces 3 collines en construisant eux-mêmes leurs maisons, créant des quartiers hétéroclites et chaotiques. Les narco-trafiquants s’y sont installés dans les années 80 et ont forcé les habitants à travailler pour eux. La vie n’avait plus aucune valeur et chaque matin, on ramassait des morts.

En 1998 ont commencé des opérations pour éradiquer cette économie parallèle et meurtrière. En 2002, à l’issue de la 21eme opération et de 3 jours de guerre civile, une paix précaire s’est installée qui n’a duré que 4 ans. Tout recommence en 2006. En 2010, un changement de Président et des actions sociales efficaces viennent à bout de cet enfer. Des escalators sont installés pour faciliter le travail et les déplacements des habitants, des écoles et des classes de danse sont ouvertes, les graffitis couvrent les murs en béton, les jeunes prennent leur avenir en main et aujourd’hui ils suivent des cours d’anglais pour accueiller les touristes de plus en plus nombreux.

Yulieth, comme les autres bénévoles de l’association ne compte que sur les pourboires qu’elle reçoit au bout des 3 heures de visites et est très fière, à juste titre, de ce qu’ils ont réalisé ici.

Santa Fe de Antioquia

C’est couverts de piqûres de moustiques que nous reprenons la direction du nord en longeant le Rio Cauca.

Alors que nous nous étions arrêtés pour faire une photo du fleuve, 2 policiers à moto nous croisent, font demi-tour et viennent nous voir. Ils s’excusent mais ils aimeraient savoir ce qu’on fait dans cette drôle de voiture … trajet, visite de l’intérieur, visite du moteur, suite du voyage, selfies, suerte et hasta luego. Trop marrant.

Les vaches aux longues oreilles

Santa Fe de Antioquia est une jolie ville coloniale datant du 16eme siècle et son centre historique n’a pratiquement pas bougé depuis le 19eme siècle. Il y fait une chaleur terrible et les pentes des rues sont inhumaines.

En Colombie, on est passé à un autre style de chapeau 

A 5km de la ville, nous allons voir le plus vieux pont suspendu du continent américain (1895). Son concepteur a participé à celui de Brooklyn. Seuls les tuk tuks et les motos peuvent l’emprunter.

Jardin

La liberté du voyage c’est de pouvoir aller un peu vers l’ouest, ou vers l’est et pourquoi pas au sud  même si notre destination est au nord.

Nous redescendons vers Jardin, petite ville très fleurie, entourée de caféiers et de bananiers.

Notre bivouac
Transport scolaire
Transport public
Des DTMX plein les rues, notre première moto

Tous les villages que nous avons traversés jusqu’à présent impressionnent par leur joie de vivre, leurs couleurs vives, leur tranquillité animée. On a du mal à imaginer que la guérilla et les trafiquants sévissaient encore dans la région il n’y a pas si longtemps.

Aujourd’hui les habitants et surtout les jeunes ont décidé de reprendre leur avenir en main et s’efforcent de préserver leur patrimoine naturel et culturel. Ils ont notamment et majoritairement dit non à l’exploitation de mines de métaux et pierres précieuses qui auraient pollué et défiguré l’environnement. Plus difficile à maitriser, la déforestation systématique pour créer des pâturages pour le bétail ou installer des mono cultures, mettant en danger plusieurs espèces d’animaux et de végétaux.

Les caïds de la drogue ont été mis hors jeu et si le trafic n’a pas disparu, il se limite maintenant à un territoire près de la côte pacifique, officieusement. Quant aux guérilleros, l’implication du pouvoir en place n’est pas très claire.

Bref, la Colombie est une vraie belle surprise pour nous. En plus on y mange très bien et on y a retrouvé de la vraie bonne viande.

Un double expresso, le soir sur la place principale de Jardin et c’est l’insomnie. Du coup le blog est à jour…

Les Bomberos de Medellin

Toujours grâce à notre chère Kika, nous sommes accueillis et hébergés chez les pompiers volontaires de Envigado, dans la banlieue de Medellin. Ce point de chute improbable va nous permettre de récupérer chez Fedex le carbu tout neuf que Burton nous a expédié de hollande et de faire un entretien complet de la voiture. Seul le filtre à huile ne pourra être changé car nous n’avons pas réussi à en trouver et ce malgré les recherches du pompier MacGyver (c’est son vrai nom !).

Deux jours donc à vivre au rythme de la caserne, à observer l’entraînement des nouvelles recrues et des pompiers confirmés. On a beaucoup appris sur le matériel utilisé et même si la discipline est évidente, l’esprit reste bon enfant et l’ambiance très sympa. 

Ici les pompiers sont considérés comme des héros discrets, pas comme chez nous où des décérébrés s’amusent à les caillasser.

Traduction personnelle, perfectible….

Un pompier est quelqu’un qui éteint les incendies et aide les victimes d’accidents…mais c’est aussi quelqu’un qui est toujours disponible, qui court à la caserne un matin froid d’hiver suite à un appel qui annonce un désastre ou qui parcourt de longues distances à pieds dans la campagne en feu, suffocant sous le soleil estival.

C’est un père qui abandonne sa famille pour secourir une famille inconnue.

C’est un fils, dont la mère, à chaque fois qu’elle le voit quitter la maison en urgence, se dit intérieurement qu’elle le voit peut-être pour la dernière fois

C’est un homme qui répond aux sourires des endants parce qu’il a tenu dans ses bras un petit corps qui ne sourira plus jamais

C’est quelqu’un qui, tout en sachant que c’est impossible, espère toujours arriver avant la catastrophe 

C’est un héros anonyme qui se fiche de risquer sa vie pour lutter contre les éléments 

C’est quelqu’un qui se glorifie de donner sa vie pour une autre.

C’est quelqu’un qui, comme récompense, ne demande qu’un sourire ou un « MERCI », rien d’autre. C’est un homme qui connait la valeur d’une vie.

C’est un homme qui, résigné, pleure en silence, de ne pas pouvoir faire plus devant une tragédie humaine, sans comprendre les mystérieux desseins de Dieu

Un pompier n’arbore pas de médaille, n’agite pas de drapeau, n’exige ni admiration ni flatterie mais sait comment honorer un compagnon disparu

Le pompier ne parle pas de compagnonnage ou de travail en équipe, il le VIT !

C’est quelqu’un qui est un peu ange gardien, ami, frère, quelqu’un qui porte un uniforme sacré, celui de pompier volontaire.

Les palmiers de cire de Quindio

Kika nous a organisé une super randonnée dans la montagne pour aller voir les fameux palmiers de cire, emblème national de la Colombie, les plus grands palmiers du monde

C’est dans une Jeep Willys, le véhicule adopté par les exploitants de cafés, que Kevin, notre guide nous amène au pied de la montagne.

Au bout d’une bonne heure de grimpette, nous atteignons une zone qui résonne des cris de grands perroquets qui nichent dans les troncs morts des palmiers. La hauteur de ces arbres est impressionnante et certains comptent une bonne centaine d’années.

Kevin, son frère et Mehdi, le fils de Kika et Anouar

Nous redescendons jusqu’à cette jolie maison où la señora nous prépare un déjeuner roboratif avant de retourner à Pijao et passer une dernière soirée avec nos amis à manger des brochettes délicieuses sur la place principale du village.

Pepito