De Villa Union à Cafayate

Après Villa Union, nous sommes à nouveau sur la Ruta 40. C’est sous une chaleur écrasante que l’on dévore les km.

      

On traverse à nouveau des décors très différents, certains proches du désert. Les cactus « cardon » font leur apparition. Un habitant nous expliquera qu’ils sont malades, bouffés de l’intérieur par des insectes. Mourants, ils tombent au sol, mais si il y a un bourgeon sur l’un des bras du cactus, normalement il devrait repartir mais à terme, ils sont amenés à disparaître. Comme on l’a vu dans les westerns, certaines espèces contiennent de l’eau mais il ne faut pas se tromper car c’est plus souvent un liquide qui a les mêmes propriétés que le LSD.

  

Après Belén, nous passons le km 4040 de la Ruta 40 !

Nous faisons une halte aux ruines de la cité incas de El Shincal. Le site, découvert en 1901, date du 15ème siècle et domine toute la vallée. Avec les explications d’un guide, nous parcourons l’endroit pendant près d’1h30. Une plateforme cérémonielle (sacrifices d’animaux) sur la place centrale, deux grandes salles communautaires et 2 hauts monticules alignés sur l’axe du soleil levant et du soleil couchant, qui dominent le tout. Les Incas avaient installé ce comptoir commercial pour traiter avec les Diaguitas dont ils achetaient les céréales pour les ramener au Pérou. Ici les cactus ont plus de 500 ans et ont bien connu cette civilisation.

      

Nous sommes cuits à point quand nous reprenons la route qui est toujours aussi surprenante.

        

Ce soir nous sommes à Cafayate, jolie petite ville où on retrouve le style colonial qui nous manquait depuis un moment. Les bodegas sont ici aussi nombreuses et nous avons goûté le « Torrentes », un vin blanc sec et parfumé, délicieux avec les empanadas.

  

De San Juan à Villa Union

Nous prenons la direction de l’est pour traverser le parc de Talampaya. En nous arrêtant en bord de route pour prendre une photo, on roule sur une branche d’épineux qui crève le pneu arrière droit. On prend la roue du capot pour arriver au bivouac du soir.

Nous traversons la vallée fertile qui est effectivement très verte mais composée surtout d’épineux, de cactus et de sable.

    

Quelques maisons poussiéreuses en adobe au bord de la route.

L’ingénieur des ponts et chaussées a trouvé un moyen de divertir les conducteurs qui somnolent sur cette route rectiligne.

Au petit camping municipal de San Agustin, Quentin met une chambre à air dans le pneu crevé et la roue de secours reprend sa place sur le capot.

  

Le lendemain nous sommes dans le Parc Talampaya. Classé au Patrimoine de l’Unesco, il ne se visite qu’en bus et avec guide. Nous décidons de ne pas y aller, vu le coût de l’entrée et de la visite. Un ange a dû nous souffler cette idée car au km 181 de la route 76 , alors que nous avançons tranquillement à 110 km/h, vent dans le dos, on voit au loin un combi VW jaune qui arrive dans l’autre sens. Au moment de se croiser, on se reconnait et on s’arrête. C’est David, Mercedes et leur petite Zoé que nous avions rencontrés dans un camping municipal le 1er août dernier pas loin de Colon !! Encore quelques bons tuyaux pour la suite de notre voyage et on se dit à plus tard, qui sait ….en France…

  

Ce soir bivouac au bord de la retenue d’eau, à Villa Union.

San Juan – Le Citro Club

A peine arrivés à San Juan, nous sommes pris en charge par Andres et Diego qui nous offre un logement pour une nuit.

Le soir, nous rencontrons plusieurs membres du club autour d’un bbq et de « ponchos ». Ambiance technique, on s’amuse à comparer les différences entre les deuches françaises et argentines. L’accueil est extraordinairement chaleureux et généreux. Faut juste qu’on s’habitue à diner à minuit…

      
Le lendemain, Andres nous accueille chez lui et sa maman qui est une source inépuisable d’informations sur le pays. Nous roulons jusqu’à 2 grands barrages qui permettent de fournir l’eau à la ville mais aussi à la mine d’or et d’argent.

     harmonie…

    

Nous passons à la gomeria pour inverser les pneus arrières.


Le soir, ce sera San Juan by night. La ville, construite à l’époque essentiellement en adobe a été complètement détruite en 44 à cause d’un tremblement de terre et aujourd’hui elle se veut moderne et progressiste.


Avant de partir, Andres nous assure une place privilégiée dans le coeur du club qui continuera à voyager avec nous.

Mendoza/Maipu

Mendoza nous laisse des souvenirs mitigés. Côté négatif, la pompe électrique a rendu l’âme au bout de seulement 2000km. Après plusieurs arrêts techniques, on finit en pleine ville, le soir, dans une petite station, morts de chaud. Le changement climatique est un peu brutal et n’arrange pas notre humeur. De plus, la ville n’a pas très bonne réputation. Nous passons la nuit dans cette station, à côté des groupes électrogènes. Le côté négatif s’arrête là, car à la station service, Charly qui était en train de faire le plein, nous dit qu’il reviendra demain nous conduire chez un marchand de pièces. Tard dans la soirée, les parents de Charly viennent nous voir avec leur vieille 2cv et on discutera un moment. 

Le lendemain, dimanche, Quentin part avec lui et ils reviennent une heure plus tard avec tout le matériel qu’on s’empresse d’installer même en plein soleil et sous 40 degrés.

A midi on peut enfin s’enfuir et c’est avec plaisir que je donne à Charly, la bouteille de vin achetée la veille dans une bodega après une bonne dégustation. Merci Charly !!









L’Aconcagua, 2 fois

A partir d’Uspallata, nous roulons dans une grande vallée pendant plusieurs km entre 2000 et 2200m d’altitude. Nous avons retiré les joues d’ailes de la deuche pour éviter la surchauffe et lui permettre de mieux respirer. La route est bonne mais fréquentée par de nombreux camions. Nous passons plusieurs petits tunnels.

      

A Punta de Vacas, nous commençons à monter progressivement.

  

Puente del Inca – 2270m. Un pont naturel enjambe le rio de Las Cuevas. Sa teinte orangée est due aux sédiments déposés par les eaux sulfureuses. Un ancien établissement thermal se désagrège lentement.

Nous arrivons au mirador d’où l’on peut voir de près l’Aconcagua qui culmine à 6961m, le plus haut sommet du continent américain.

  

Juste après Las Cuevas, nous avons atteint les 3200m. La deuche s’est bien comportée, montant vaillamment les côtes à près de 10%, grâce au changement de gicleurs (10% de moins au gicleur du premier et deuxième corps du carbu et 15% au gicleur de ralenti). 

Nous entrons dans le tunnel Caracoles qui traverse la montagne sur 4 km. Ce tunnel remplace l’ancienne piste en lacets sur laquelle a été érigée, en 1902, la statue du Cristo Redentor (4000m). A la sortie du tunnel, nous sommes au Chili. Les formalités douanières de sortie et d’entrée se font toutes dans le même bâtiment et nous avons récupéré tous les cachets avant que plusieurs bus ne déversent leur cargaison de touristes.

Ensuite c’est la descente en lacets (28), impressionnante. 

3 jours plus tard, après notre visite à Valparaiso, nous refaisons cette route en sens inverse et ça grimpe bien plus coté chilien. C’est aussi joli dans ce sens-là (on ne veut froisser personne ! 😉)

  

Grand entretien

En quittant Malargüe, nous avons une vue imprenable sur la Cordillère. Nous y serons dans quelques jours.

A l’approche de San Rafael, nous apercevons les premières vignes, bodegas et des champs d’oliviers. On dépasse les 20 degrés et les soirées sont plus agréables mais je garde encore mon duvet pour la nuit.

17.000 km, il faut s’occuper de faire un bon entretien de l’auto et surtout changer les amortisseurs avant qui flanchent. La ville de San Rafael est suffisamment grande pour qu’on ait une chance d’en trouver et nous croisons pas mal de deuches (bien pourries…).

Nous avons passé tout une matinée d’une boutique à une autre. Le problème c’est que nous avons besoin d’amortisseurs avec des silent blocks pour des gougeons de 14mm. Or en Argentine, les camionnettes Amy 6 ou 2cv sont toutes montées en 12mm.  Le dernier espoir serait un magasin spécialisé dans les anciennes Citroen avec une deuche dessinée sur la devanture. La dame fait tout ce qu’elle peut pour nous aider, trouver une solution et contacter des amis mais au bout d’une heure trente on repart sans rien.

 

On reprend la route et je trouve un camping dans la petite ville de Villa San Carlos, tenu par un motard voyageur.

 

Je me dis qu’il ne verra pas d’inconvénient à ce qu’on déballe la deuche pour faire l’entretien.

La maison est entourée d’un beau jardin bordé de rosiers et de grands pins font de l’ombre. On lui dit d’entrée nos intentions, pas de problème, il nous installe sous un grand auvent. On lui raconte nos problèmes d’amortisseurs et propose d’emmener Quentin chez un marchand de pièces détachées.  Ils reviennent, oh milagro !, avec 2 amortisseurs Monroe de Renault 12. 

Il a quand même fallu retirer des extrémités de l’amorto mort, les parties centrales métalliques pour les installer dans le nouveau et ce, grâce au super petit atelier de notre hôte, avec étau, disqueuse et meule. Pour l’instant on ne change que l’amortisseur avant gauche, le droit étant encore opérationnel.

    

Ensuite, vidange moteur et boîte, changement de bougie, filtre à huile, tension de la courroie d’alternateur, resserrage de quelques boulons dont un qui tient la boîte de vitesse au moteur. Pour compléter le dernier bidon de Black Gold, on a utilisé un huile de synthèse locale améliorée avec de l’additif Marly SX.

Tout ça à l’ombre, 20 degrés, sans poussière et au calme. Un vrai plaisir !

J’en ai profité pour vider la remorque et essayer de lui redonner un air un peu plus présentable et recentrer les charges. Mais la poussière, la pluie et les bidons d’essence qui suintent quand il fait trop chaud, ….no comment….

Quentin change aussi les gicleurs, diminuant leur valeur de 10% car demain nous partons vers le Chili pour passer mardi le col des Libertadores, 3840m.

De Villa La Angostura à Malargüe

Nous quittons Villa La Angostura, Alex, René et Julio avec de grandes embrassades et même des promesses de se revoir. Le hasard fait qu’un rallye de voitures anciennes arrive de Bariloche et nous les accompagnons jusqu’à San Martin de Los Andes, en parcourant la très jolie route des 7 lacs, malheureusement sous la pluie.

  

San Martin est une agréable petite ville de montagne où nous avons pu dormir au bord du lac Lacár.

Quelques km après la sortie de San Martin, la pompe à essence refait des siennes. Quentin en a assez et décide d’installer tout de suite la pompe électrique que nous avions achetée à Puerto Montt. Comme on est en bord de route, comme d’habitude, l’installation est provisoire jusqu’à ce qu’on puisse arriver à la première ferretería. C’est un automobiliste qui nous y amènera très gentiment, après nous avoir raconté que son papa avait une 2cv et qu’il trouvait la nôtre muy lindo. Au bout d’une heure de boulonnage, nous reprenons la Ruta 40 vers le nord.

  

La route commence a grimper doucement, la montagne se fait plus aride, plus minérale. Nous atteignons les 1350m d’altitude.

  

Le lendemain, c’est la pampa patagonne mais sous la pluie et en évitant les nombreux trous de la route.

A Chos Malal, nous sommes au km 2600 de la Ruta 40 qui en fait 5200, donc juste à mi-chemin.

Le paysage change complètement. C’est grandiose, rien à envier aux grands espaces des Etats-Unis. Après chaque tournant, en haut de chaque montée, le spectacle est différent et nous laisse sans voix. L’appareil photo est en burn-out. On a même chaud ! Nous frôlons les 1700m d’altitude. Nous ne rencontrons que des petits villages poussiéreux mais aussi des oasis très vertes grâce à quelque rivière qui passe par là. 

          

Encore plus au nord, entre  Barrancas et Malargüe, nous sommes dans la zone qui concentre le plus de cônes volcaniques au monde. Sur 4500 km2, on n’en dénombre pas moins de 800.

    

Ici la Ruta 40 se transforme en ripio, sur une centaine de km. Les amortisseurs de la deuche commencent à bien fatiguer. Nous circulons sur une grande coulée de lave. Au pied des volcans, le Rio Grande serpente et irrigue les terres d’en bas.

            

On bivouaque à Bardas Blancas, à côté du fleuve et on s’endort en rêvant que demain la route sera meilleure.

Vœux exaucés ! Pause desayuno à Malargüe où on croise 4 cyclo-overlanders français et anglais qui roulent d’Alaska depuis 15 mois et vont jusqu’à Ushuaia. Bravo !!

Villa La Angostura

Nous repassons en Argentine, via le col Cardenal Samoré à 1321m. La route est bonne, même s’il y a beaucoup de neige à certains endroits.

Ici, nous commençons à voir les séquelles de l’éruption du volcan Puyehué du 4 juin 2011. Le volcan est chilien mais les vents d’ouest ont littéralement repoussé les nuages de cendres et de sable vers l’Argentine. Les retombées, au plus fort de l’éruption ont duré 4 mois mais les cendres ont continué à recouvrir la région pendant 18 mois. Notre hôte, Alex, nous a raconté ces événements, photos à l’appui. Le bétail a été décimé par manque de nourriture, plus d’eau, plus d’électricité, plus moyen d’utiliser un véhicule. Et puis cette énorme couche de cendres qu’il a fallu dégager. Les eaux du lac étaient recouvertes de pierres ponce. Expérience incroyable.

  

 

Alex est l’heureuse propriétaire d’une 2cv verte, baptisée René et magnifiquement décorée.

Alex, américaine d’origine, nous a fait découvrir sa ville d’adoption et les environs avec beaucoup de passion et d’explications. Le soleil ne nous a pas lâché, sublimant les vues sur le lac Nahuel Huapi et la péninsule du parc de Los Arrayanes.

            

Quand elle a su que nous étions belges, Alex nous a fait rencontrer Jean-Pierre, passionnant bruxellois, arrivé à moto dans les années soixante. Il a été visionnaire en installant, avec les moyens du bord, une petite station de ski sur les hauteurs et en insufflant un élan économique et touristique à cette petite ville de montagne qui a néanmoins su rester authentique. 

 

La Cueva de Las Manos

Pour nous remettre des frayeurs pour arriver jusqu’ici (voir article précédent), nous nous installons pour bivouaquer sur un plateau où à une époque il y a eu une petite piste d’atterrissage mais il n’en reste que le mat de la manche à air. Nous sommes sur le plateau au sommet du Canyon du Rio Las Pinturas, au bord de la falaise. Seuls au monde. 

Le lendemain nous n’avons plus que quelques km à faire pour arriver à la cabane des gardiens et c’est obligatoirement avec un guide que nous partons voir les peintures rupestres.

Classé au Patrimoine de l’Unesco ce site se trouve à flanc de falaise du canyon. Environ 2000 peintures rupestres datant, pour les plus anciennes de 9000 ans. Des mains en négatif (aucune en positif), des scènes de chasse de guanacos, des peludos, des pattes de nandous et de pumas, des lézards. Plus récentes, des formes géométriques. Tous les membres des familles ont apposé leur main, avec des pigments rouges, noirs, blancs et même verts. Les peintures sont toutes à l’extérieur mais dans un état de conservation incroyable grâce apparemment à un air très sec. Les populations d’éleveurs connaissaient leur existence depuis toujours mais ce n’est qu’en 1941 qu’un scientifique en a fait les premières photos. La guide parle anglais et comme nous ne sommes que 4 (avec un couple d’allemands), nous pouvons bien discuter.

          

Nous reprenons ensuite la route jusqu’à Perito Moreno, petite ville pluvieuse où nous resterons deux nuits pour cause de vidange et de lessive, avant d’attaquer la Carretera Austral par Chile Chico.

   

Dernier bidon de BlackGold. Après on passe à l’additif SX.

De El Chalten à Perito Moreno (la ville)

On avait juste à monter sur la Ruta 40, faire le plein aux 2 stations sur la route et arriver à La Cueva de Las Manos. Mais c’était trop simple.

A Tres Lagos, le plein d’essence et de pain fait, les policiers ont fermé l’accès à la 40 et nous obligent à prendre la 288 vers l’Est.

On essaie de négocier en expliquant que les ripios ne nous font plus peur mais il y aurait trop de boue, donc passage interdit.

Nous voilà sur une piste qui va nous faire faire 170km de détour en nous ramenant presque sur la côte Est.

 

Ensuite on peut récupérer la 27, asphaltée, jusqu’à Gobernador  Gregores.

    

Là, pour une raison obscure, la station ne fonctionne pas. Nous passons la nuit sur le parking et à minuit il y a tout d’un coup une longue file de voitures qui viennent s’approvisionner. On regarde le manège pendant un moment et puis on se dit qu’on ne va pas attendre le matin pour faire pareil. Quentin enfile son pantalon et, au volant de notre lit, s’insère dans la file et fait le plein. Il se re-gare et on se rendort. 

Le lendemain on continue sur la 40 jusqu’à Bajo Caracoles, 15 habitants et une station service mais pas d’essence. Heureusement nous avons 30l dans la remorque.

 

On en met 20 dans le réservoir et 30km plus loin on prend la piste qui traverse le canyon du Rio Las Pinturas. Grandiose (voir prochain article…)

Mais j’aimerais connaître l’ingénieur futé qui s’est dit qu’il suffisait de tracer une route tout droit vers le fond du canyon et puis tout droit vers le sommet.

 

 

Quand on arrive en haut de la descente, on ne voit même pas le bas de la route. Descendre ça va, même si le témoin des freins s’affole mais remonter, avec sous les roues des gros graviers qui roulent, c’est super limite.

Il n’est pas question que l’on refasse cette piste en sens inverse. Donc, après la visite de La Cueva, nous devons retourner quasi jusqu’à Bajo Caracoles (50km de très mauvaise piste) pour ensuite remonter jusqu’à Perito Moreno, la ville. On aura juste assez d’essence.